les généraux fusilleurs : Louis Félix Franchet d’Espèrey ( 1856-1942)

lundi 23 avril 2018
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Article de la Raison de juin 2014

Source : La Raison
date de parution  : juin 2014
Auteur : Jean Marc Schiappa

La formation

Franchet d’Espèrey est né dans une famille catholique et légitimiste. Jeune diplômé de Saint-Cyr, il participe à de nombreuses opérations coloniales, notamment en Afrique du Nord, au Tonkin contre les Pavillons Noirs, en Chine en 1900 pour l’écrasement de la révolte des Boxers). Il n’est pas inutile de noter que l’ambassadeur d’Allemagne à Pékin qui fut tué pendant la révolte était son propre cousin ! L’élite se reproduit entre soi… Condamnant la loi de Séparation en 1905, il envisage de démissionner de l’armée avant d’obtenir de ne plus servir en France et il participe activement à la « pacification » (ce mot est un programme !) du Maroc en 1912.

Entre temps, en 1906, lors des grèves des mineurs dans le Nord et le Pas-de-Calais, il reçoit le commandement d’un détachement et rétablit l’ordre en quelques jours. Il est un général de garnison, comme d’autres ; il suffit de revoir « Les grandes manœuvres » de René Clair.

La guerre

Dans ce champ de massacre des premiers mois de guerre où les mouvements de troupe sont encore possibles, il participe à la bataille des frontières en 1914 puis à la bataille de la Marne. Franchet d’Espèrey commande le groupe d’armées de l’Est en 1916, puis le groupe d’armées du Nord en 1917. Il est donc l’homme des jours les plus noirs de la guerre.

Un témoin le qualifie de « féroce » ; ainsi, il écrit à propos des mutineries « Pourquoi ferme-t-on les yeux ? Pourquoi ne réprime-t-on pas ? Cela cessera ou nous n’aurons plus d’armée, et l’ennemi, en cinq jours, pourrait être devant Paris ! ». Il estime que ces mutineries sont causées « sous l’instigation des Allemands, tendant à livrer la France à l’ennemi ».

En juin 1918, il est appelé au commandement en chef des armées alliées en Orient pour prendre la suite de l’Expédition de Salonique, ce qui est une forme de rétrogradation, ou au moins d’éloignement contre quelques troupes allemandes et surtout contre l’armée bulgare. La réalité de cette guerre est dépeinte dans le film « Capitaine Conan » du grand Bertrand Tavernier ; Franchet d’Espèrey est appelé par ses hommes « franchement désespéré ».

L’intervention contre la Révolution russe
L’armistice est à peine signé que le 13 novembre 1918, une flotte alliée mouille devant Constantinople, et les Blancs demandent officiellement à la France et à la Grande-Bretagne l’envoi d’un corps expéditionnaire pour renverser les soviets. Bien évidemment, ces derniers ne se font pas prier.

Clémenceau donne comme consigne à Franchet d’Espéret « un plan général pour l’isolement économique du bolchevisme en Russie en vue de provoquer sa chute ». L’armée "alliée" composée surtout de forces françaises débarque à Sébastopol puis à Odessa et se comporte suivant les « meilleures traditions » de l’armée française. Les récits et les témoignages sont épouvantables : une armée de pillages, d’assassinats, de vols, de bombardements, d’exécutions sommaires. Leur principal allié est le général blanc Denikine, dont l’armée s’est rendue célèbre par l’organisation de nombreux pogromes.

C’est dans cet ensemble que se place l’exécution de la révolutionnaire française Jeanne Labourbe qui était l’animatrice d’un groupe militant distribuant les imprimés en français contre l’intervention armée. « Elle est morte, le 2 mars 1919, lâchement assassinée dans la nuit, au fond d’un faubourg désert d’Odessa, par un groupe d’officiers français et russes, sous la présidence du général Borius » écrit Pierre Pascal . Borius travaillait sous les ordres de Franchet. On sait que, notamment en raison des mutineries de la Mer Noire, l’armée rembarqua.

Après-guerre

Ces « remarquables années de services » lui valent, le 19 février 1921, la dignité de maréchal de France. Il va donc, comme Maréchal de France, être élu à l’Académie française (mais, après tout Winston Churchill a bien été prix Nobel de littérature !) le 15 novembre 1934.

A partir de 1934, en bon catholique, militariste, réactionnaire et antirépublicain, il va encourager plusieurs ligues d’extrême-droite, dont la Cagoule. Il est dit qu’il apporta à la Cagoule 1 million et demi de francs pour aider à une tentative de Coup d’Etat. C’est lui qui devait exercer le pouvoir, une fois la République renversée…

Jean-Marc Schiappa


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