Quand la religion justifie le viol

dimanche 29 mai 2016
par  archiviste
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Les agressions sexuelles, dont la pédophilie, constituent un véritable fléau pour la société. On estime ainsi qu’en France, une femme sur dix a été ou va être violée dans sa vie. Ces agressions laissent des séquelles terribles dans la vie des victimes quand elles n’y laissent pas la vie. Malheureusement dans bien des pays, y compris dans les pays occidentaux, les plaintes ne sont pas toujours déposées, pire elles ne sont parfois pas enregistrées par les autorités compétentes.

Alors que cet acte est un crime des plus abjects, tout se passe comme si la culpabilité incombait à la victime elle-même. Ainsi on dit parfois d’une femme qu’elle est tellement sexy que c’est un « appel au viol ». Rappelons ici que les viols sont le plus souvent dus à des proches de la victime et que la proportion est même plus élevée dans des pays où les femmes sont pourtant voilées et couvertes. Le cas de l’Inde est souvent pris comme exemple. Les cas de viols sont plus nombreux dans les pays pauvres, où le statut des femmes est des plus mauvais.

Il n’y a ainsi aucun lien entre la tenue de la victime et son agression. S’il y a des agressions sexuelles et des viols, c’est parce qu’il y a des violeurs et des pédophiles. La tenue des victimes n’y est pour rien, et ce genre de supposition permet surtout d’excuser les agresseurs et de justifier des discours où les femmes sont des êtres inférieurs au service des hommes.

C’est le discours tenu par des religieux !

Le 27 décembre 2012, un curé italien accusait les femmes de provoquer leurs agresseurs1 . Il affirmait alors : « Rallonger les jupes pour ne pas provoquer les criminels […] les femmes, qui provoquent par leur habillement succinct, qui s’éloignent de la vie vertueuse et de la famille, provoquent les instincts et doivent se livrer à un sain examen de conscience, en se demandant : peut-être le cherchons-nous ? »

En août 2012, un curé américain2 allait plus loin en évoquant la responsabilité des jeunes dans les agressions pédophiles ! Il disait alors « Les gens ont à l’esprit une personne qui planifie – un psychopathe. Mais ce n’est pas le cas, imaginez qu’un homme fasse une dépression nerveuse, et que des jeunes viennent à lui […] Dans beaucoup de cas, le jeune – de 14, 16, 18 ans- est le séducteur… Ce n’est pas difficile à voir, un enfant qui cherche un père car il n’en a pas eu. Il ne va pas chercher à avoir une relation sexuelle approfondie, mais plutôt à avoir une relation romantique, à enlacer, à embrasser, peut-être dormir, mais pas à avoir de rapports sexuels ou quelque chose de ce genre ».

Difficile de ne pas faire le lien entre ces déclarations et les très nombreux cas de pédophilie connus au sein de l’Église catholique. Ces agressions trouvent sans doute une origine dans les frustrations sexuelles des curés, peut-être aussi dans l’obsession sur le corps et la sexualité diffusée par les grandes religions.

À la source de cette inversion des culpabilités, on trouve surtout un concept religieux, la tentation. Oubliez les perversions, les pathologies et autres troubles psychiques : l’agresseur est perçu comme une victime qui n’a pas su résister à la tentation. Bien entendu la solution résiderait dans le retour vers la religion. Il faut, par conséquent, cacher les tentations.

Plutôt que d’apprendre à gérer vos pulsions, cachez les femmes et refrénez vos désirs par la pratique de la religion. L’ascétisme imposé par les religions, les frustrations et les obsessions qui en découlent conduisent les religieux et les sociétés les plus religieuses, à une véritable obsession perverse sur la sexualité et sur le corps. Constatons par exemple, cette incapacité pour les religieux à envisager la nudité autrement que comme sexuelle et non comme l’état naturel de l’être humain.

L’Homme libre

L’Homme libre, le rationnel, le libre penseur apprend à se connaître, connaître ses défauts, ses qualités, ses façons d’agir, ses passions, ses désirs et peut ainsi entamer une démarche de gestion libre de sa vie et de ses désirs, dans le respect de l’autre. Connais-toi toi-même disait le philosophe. Le croyant, lui, s’en remet à dieu et préfère refréner ses pulsions, les ignorer, les condamner, au risque de les voir ressurgir brusquement et de façon incontrôlable.

C’est ce que préconisent les textes dits sacrés et c’est ce qui se trouve à la source des perversions religieuses : cacher, refréner, ignorer le corps, ses besoins, ses désirs et « l’objet » de ces désirs. C’est pour cela que l’on préconise des tenues décentes pour les femmes. Cela va de la bonne sœur en cornette à la burqa. Cette logique d’inversion des culpabilités, on la retrouve toujours, y compris dans les écoles privées catholiques d’aujourd’hui.

Ainsi, en terre concordataire, en Moselle plus précisément, une collégienne scolarisée au collège Notre-Dame-de-la-Providence à Thionville a été agressée sexuellement lors d’un voyage scolaire à Berlin à la fin du mois de mai3. Quelques élèves ont transgressé les interdits des adultes ; elles sont sorties des chambres, ont bu, et ont invité des garçons dans leur chambre. L’un d’eux a violé une des trois jeunes filles. On imagine l’état de détresse dans lequel la jeune fille doit se retrouver, on pense alors au soutien dont elle a besoin, à la difficulté de gérer une telle situation pour elle et ses proches. On attend de l’institution scolaire, en restant dans ses prérogatives, qu’elle aide cette jeune fille et sa famille.

Début juin, quelques jours après l’agression, les trois jeunes filles, dont la victime du viol, seront exclues du collège pour manquement au règlement. L’avocat de la jeune fille l’affirme : « elle a un sentiment de culpabilité parce qu’inconsciemment, si elle est exclue c’est qu’elle a fait quelque chose de mal ». Le collège se défend : « Il y a eu consommation d’alcool excessive qui a conduit à un comportement inadapté ».

Une fois de plus, la victime sera coupable. L’Église démontre, à nouveau, que sa logique perverse n’a jamais évolué et n’évoluera jamais. Que ses dogmes, ses textes, et ses principes stupides fassent des victimes n’a pas d’importance ; elle reste droite dans ses bottes, y compris devant les pires crimes.

Hansi Brémond Article de la Raison n°585 (novembre 2013)

1
http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2012/12/27/habillement-succinct-un-cure-italien-accuse-les-femmes-de-provoquer-les-crim
2
http://tempsreel.nouvelobs.com/vu-sur-le-web/20120831.OBS0930/quand-un-pretre-accuse-les-enfants-de-seduire-les-pedophiles.html
3
http://www.bfmtv.com/societe/moselle-une-eleve-exclue-college-apres-avoir-ete-violee-560150.html


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