Vatican – Israël – Palestine

Article de la Raison n°580 (avril 2013), écrit par Georges Douspis
jeudi 29 octobre 2015
par  archiviste
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Source : Article de la Raison n°580

date de parution : avril 2013

Auteur : George Douspis

Pour la première fois, le Saint-Siège a employé officiellement le terme d’« État de Palestine », a-t-on relevé vendredi au Vatican […] Progressiste en diable, si l’on ose dire, le Vatican vient de se prononcer, sans le dire, tout en le disant, pour un État de Palestine.

C’est, penseront certains, un pas en avant considérable. Qui peut être contre un État de Palestine, une Palestine enfin réunifiée, laïque et démocratique, avec sa double composante arabe et juive à égalité de droits ? Mais il ne s’agit pas de cela, tant s’en faut. Le Vatican parle d’un « État de Palestine », comme Obama (et avant lui Bush !) et l’ONU le font :

« Après la session de l’Assemblée générale (de l’ONU) qui a reconnu le nouveau statut de la Palestine, c’est sa dénomination officielle, le Saint-Siège l’accepte et l’utilise », a déclaré vendredi le porte-parole du Saint-Siège, le jésuite Federico Lombardi. » Il s’agit donc, en fait, d’un bantoustan, à côté d’Israël, où s’entasseraient les Palestiniens chassés de leurs terres, un pseudo-État, une sorte de « réserve » dont la mise en place, l’instauration, mettraient un point final au processus de démembrement de la Palestine entamé en 1947 au compte de l’Impérialisme US. Car un État palestinien véritable est une chimère qui impliquerait que les colonies sionistes soient démantelées, les colons déplacés, les check-points anéantis … ce que ne veut en aucun cas l’État d’Israël dont l’existence repose justement sur la spoliation des Palestiniens, le vol de leurs terres et leur éviction. Il ne peut donc s’agir que d’une vaste entreprise d’escroquerie à laquelle participe le Saint-Siège, comme il se doit !


Un apartheid qui n’ose pas dire son nom

Ce processus s’accompagne d’ailleurs, au sein même du territoire israélien, d’une forme de discrimination raciale très proche de l’apartheid qui sévit naguère en Afrique du Sud. Au Néguev, dans cette partie désertique du sud d’Israël, les bédouins nomades qui pratiquent, depuis la nuit des temps, le pastoralisme dans le désert, sont peu à peu refoulés de certaines zones et, sous prétexte de sédentarisation, parqués dans sept « villes » spécialement construites à cet effet, et qu’ils qualifient eux-mêmes de « townships » , ce qui en dit long sur le climat qui y règne : chômage, insécurité, misère, criminalité, malnutrition, maladies… bref, toute la panoplie qui caractérise la situation des minorités raciales enfermées dans des camps ou des réserves comme les Amérindiens aux USA ou au Canada, les Aborigènes en Australie, etc.

C’est, sous une forme un peu différente, la Nakba qui se poursuit. Et c’est bien cette escroquerie que le Saint-Siège avalise et qu’en bon jésuite le père Lombardi impute (à juste titre d’ailleurs !) à l’ONU derrière laquelle il s’abrite, ONU dont chacun connaît le degré d’indépendance par rapport aux USA. Ainsi, le Vatican, une fois de plus, apporte son soutien, sans état d’âme, à la politique de l’impérialisme US. Échange de bons procédés, sans doute, il est curieux de constater combien étourdissant est le silence qui entoure les suites des affaires judiciaires de pédophilie de prêtres américains…

On voit ici que l’« Al Smith Dinner » à 2000 $ par tête a tenu ses promesses. À cette occasion, Obama ayant accepté de renouer avec l’Église, celle-ci, bonne fille, lui renvoie l’ascenseur. Le cardinal Dolan a bien joué son rôle d’entremetteur. Il convient de se serrer les coudes en de certaines circonstances. « Passez-moi la rhubarbe et je vous permettrai de bénir la Convention démocrate », dit l’un « Passez-moi le séné et je vous aiderai à entretenir la fiction d’un État de Palestine », rétorque l’autre.

Il reste que cette aimable connivence ne saurait occulter ni les contradictions internes qui minent le Capitalisme ni les distances que l’Église prend par rapport à son puissant complice et qui sont source de conflits à l’intérieur même du Vatican, la « démission » de Ratzinger en témoigne…

Georges Douspis


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