Jean-Baptiste Clément ; (1836 – 1903) Chansonnier, libre-penseur, pionnier du mouvement ouvrier

Article de la Raison n°580 (avril 2013), écrit par Alain Chicouard
mercredi 15 juillet 2015
par  archiviste
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Source : Article de la Raison n°580

date de parution : avril 2013

Auteur : Alain Chicouard

Qui ne connaît Le Temps des Cerises ? Et combien fredonnent cette chanson à l’occasion ? De longue date maintenant, elle est devenue un hymne évoquant non seulement la Commune, mais plus largement les souffrances des déshérités et des opprimés. Tel fut le destin de ce qui n’était au départ qu’une chansonnette empreinte de nostalgie amoureuse... Quant à son auteur, son renom n’a pas la même ampleur que celui de sa propre chanson. De tous ceux qui connaissent et apprécient Le Temps des Cerises, plus d’un ignore que l’auteur du texte s’appelle Jean-Baptiste Clément... Certes, à Paris, dans les Ardennes et en de nombreuses villes, des rues, des places, ou des établissements scolaires portent désormais le nom de Clément, le plus souvent honoré uniquement comme chansonnier.

Pourtant la personnalité de Clément ne se limite pas à son talent de chansonnier, il fut un journaliste assez prolixe, et surtout il fut un citoyen ardemment engagé dans la vie politique de son époque. Emprisonné sous le Second Empire pour ses écrits anti-bonapartistes, il sera un militant républicain et socialiste toujours sur la brèche. La Commune de Paris, en 1871, sera un moment marquant de son existence. Au retour de neuf années difficiles d’exil londonien, il s’affirme comme l’un des pionniers et l’un des meilleurs propagandistes du syndicalisme et du socialisme, en ayant toujours pour principe fondamental que l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. De 1885 à 1894, il jouera, dans les Ardennes, un rôle essentiel dans l’organisation et le développement du mouvement ouvrier, en faisant pour longtemps de la région ardennaise un bastion des syndicats et des partis ouvriers.

Ancien Communard et adepte résolu de l’indépendance de la classe ouvrière et de la révolution sociale, Clément n’a pas manqué d’adversaires le calomniant. D’aucuns ont voulu le présenter comme un homme inconstant et sans principes doctrinaux. Indéniablement, Clément n’est pas un théoricien, et, durant sa vie militante, il a progressivement élargi et consolidé ses conceptions politiques. Une fois engagé dans les luttes en faveur de la République et « la Sociale », il n’a cependant jamais varié dans son attachement aux « damnés de la terre ». Après l’expérience tragique de la Commune et la période de l’exil, il donne la priorité à l’organisation de la solidarité ouvrière, notamment lors des grèves, et à la structuration d’organisations ouvrières. Il sera en particulier l’un des propagandistes les plus actifs du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire, animé, à partir de 1890, principalement par Jean Allemane.

Il s’affirmera comme un ardent partisan de la laïcité de l’École et de l’État, il appartiendra à la Libre Pensée, il sera aussi initié à la franc-maçonnerie. Jamais il ne délaissera l’art de la chanson, en sachant jouer sur une très large palette de thèmes, mais où, de plus en plus, primeront, en relation avec ses activités militantes, les références aux données sociales et politiques. Il meurt en 1903. Lors de ses obsèques, les 5000 personnes rassemblées au Père-Lachaise, parmi lesquelles de très nombreuses personnalités du mouvement ouvrier et démocratique, n’ont pas seulement honoré l’auteur du Temps des cerises, mais aussi le Communard et l’un des pionniers du mouvement ouvrier.


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